Type et date de soutenanceSoutenance de thèse

La Première Guerre mondiale et la genèse de la question pontique. Une histoire connectée de la violence en Anatolie au début du XXe siècle

Nikolaos Sigalas

Résumé :

Durant la Grande Guerre, le gouvernement ottoman déplace de la côte méridionale de la mer Noire plusieurs dizaines de milliers de chrétiens orthodoxes (appelés Roméi, Rūm, ou Grecs Pontiques, selon qu’ils sont nommés par eux-mêmes, par l’administration ottomane ou par une historiographie qui les associe à la nation grecque). Ces transferts de population sont liés à la grande offensive russe de l’hiver et du printemps 1916 qui amène la guerre dans les régions habitées par les Roméi et donne lieu à l’occupation des villes d’Erzurum, de Bayburt, de Trébizonde, de Gümüşhane et d’Erzincan. À Trébizonde, sous l’occupation russe, les élites hellénisées des Roméi conçoivent le projet de créer un territoire pontique autonome, projet qu’elles sont forcées d’adapter aux changements radicaux qu’amènent les révolutions de Février et d’Octobre. De plus, une guérilla nationaliste grecque est créée dans la sous-province autonome de Canik (Samsun), à l’ouest de la province de Trébizonde. À partir des années 1919-1923, ces événements différents – les déplacements de population, la revendication nationaliste, la guerre des bandes, le massacre de civils – sont interprétés dans le cadre du conflit nationaliste gréco-turc appelé « question pontique ». Plus tard, dans les années 1980-1990 ces événements commencent à être appréhendés sous le prisme du génocide des Grecs pontiques. Le présent travail s’affranchie du conflit historiographique nationaliste en s’inscrivant dans le cadre d’une histoire connectée, qui fait du nationalisme un objet d’étude. De plus, ce travail conteste la pertinence du prisme génocidaire, notamment parce celui-ci déplace le focus de l’événement principal, le déplacement de population, forme de violence qui n’est pas prise en compte par la définition juridique du génocide, vers l’intention de détruire le groupe pontique. Je me penche ici non sur le « groupe pontique » – dont la formation ethnique a lieu bien après 1923 – mais sur les sociétés locales dont je scrute les rapports interconfessionnels et la façon dont celles-ci son bouleversées par la violence ou, au contraire,  contribuent à la contenir. Ces rapports changent, par ailleurs, selon les différentes régions examinées : celles de Trébizonde, de Gümüşhane, de Samsun etc. J’étudie enfin le rapport de ces sociétés avec l’État, rapport variable, avec un État qui est tout sauf uniforme,  et déchiré par des antagonismes entre différents secteurs et factions. Cette thèse interroge le rapport du nationalisme à la violence, et plus précisément à la guerre et à la violence de masse. Prenant pour objet un empire continental en passe de disparaître, l’Empire ottoman durant la période de guerre allant de 1914 à 1922, j’y examine à nouveaux frais la relation de la guerre à la politique. Je soutiens ici que la guerre contemporaine, qui commence avec les guerres napoléoniennes, transforme la politique dans la mesure où elle modifie le rapport du pouvoir au territoire. Je me focalise ainsi sur trois types de territoires qui émergent avec la guerre contemporaine – le front, l’arrière-front et le territoire occupé – et sur les politiques qui se développent en relation avec chacun d’entre eux.

Jury

  • Mme Nathalie Clayer (Directrice de thèse), EHESS
  • M. Antonis Anastasopoulos, Université de Crète
  • M. Jean-François Bayard, IHEID Genève
  • Mme Catherine Gousseff, EHESS
  • M. Gérard Noiriel, EHESS
  • Mme Isik Tamdogan, CNRS
  • M. Alexandre Toumarkine, INALCO