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James Russel HAMILTON

In memoriam
James Russel HAMILTON
(1921 – 2003)

Écrire une nécrologie d’un collègue est toujours une tâche difficile. . Elle est encore plus ardue quand il s’agit d’un ami proche. Et j’avais l’honneur et le plaisir d’être considéré par lui comme tel. Ceci me permet peut-être d’être plus sincère dans ces lignes.

J’ai fait sa connaissance en 1967, lors de ma première visite à Paris. A partir de 1973, grâce surtout à nos fonctions et à notre activité au sein de l’Union internationale des orientalistes, nous eûmes l’occasion de nous rencontrer, à Paris ou ailleurs, presque tous les ans.

Je laisse pour le moment de côté la turcologie, notre liaison, la plus étroite et la plus importante, et essaie de décrire l’homme qui, pour beaucoup, était un original. Très souvent, en pensant à lui, je faisais un rapprochement avec l’œuvre bien connue de George Gershwin, Un Américain à Paris. Pour moi, il représentait l’Américain type de la génération du grand maître de la musique, faisant obligatoirement une visite, courte ou longue, à Paris. Ces séjours ont créé une amitié éternelle avec la France et l’Europe. Ils sont venus et ont été conquis. Ils sont retournés dans leur pays, où ils ont essayé l’impossible : transférer l’Europe en Amérique.

James HAMILTON était, lui aussi, une figue de cette génération, mais dans un domaine très différent. Les années aventureuses de la jeunesse, dont on peut lire le récit dans l’essai de Louis Bazin dans les Mélanges publiés en son honneur (Hommage à James Russel Hamilton, De Dunhuang à Istanbul, Brepols, Turnhout, 2001, p. 11-16), l’ont amené dans le Paris de l’après-guerre.

Comme Gershwin et bien d’autres intellectuels américains, il fut, lui aussi, frappé et conquis. Bien que ses premières démarches en vue de continuer des études universitaires n’aient été couronnées de succès — en raison de certaines formalités —, il a persévéré dans la réalisation de ses plans. Il est resté à Paris, où les années passées à l’École des langues orientales vivantes (étude du japonais, du chinois et du turc) ont déterminé son domaine et ses buts scientifiques. C’est par l’ancienne civilisation turque de Haute Asie qu’il a commencé ses recherches.

Grâce à ses travaux pendant plusieurs décennies, une série de monographies, d’études et l’édition de textes importants enrichissent désormais nos connaissances concernant les peuples turcs de Haute Asie dans les premiers siècles de leur «histoire écrite » (voir la riche bibliographie de ses œuvres dans le volume cité, p. 17-23). Il est devenu l’un des meilleurs spécialistes dans le domaine de l’ancienne civilisation turque de Haute Asie.

Dans ses recherches et ses publications, son but principal était d’établir la différence exacte entre les faits, attestés par des sources historiques, et les hypothèses. Que ce soit dans les monographies qui resteront longtemps des synthèses de l’histoire d’une région de la Haute Asie, ou bien dans ses travaux philologiques sur l’interprétation des textes ouigours, sa méthode de travail était toujours la même.

Bien que ses recherches soient très connues dans le monde érudit, c’était un homme extrêmement modeste, au caractère quelque peu réservé. Mais, en même temps, il savait apprécier l’honneur que lui rendaient ses collègues. Nous n’oublierons jamais son anniversaire fêté au Collège de France et sa surprise lors des Mélanges présentés par ses bons amis et ses collègues.

Il fut, lui aussi, un Américain conquis par Paris. Sa rencontre avec la ville, la culture et la science l’ont satisfait une vie entière. On a peine à le croire, mais j’ai la certitude qu’une fois installé à Paris, il n’a jamais pensé retourner aux États-Unis.

Quand il était à l’étranger, il avait toujours la nostalgie de Paris. Dans le domaine de la gastronomie, il n’était jamais aussi satisfait que dans son quartier, aux environs de Châtelet, de la Bourse et du centre Pompidou.

Un grand turcologue nous a quittés, nous laissant un riche héritage scientifique et, en même temps, son amour de Paris.

 

 

György HAZAI

EHESS
CNRS
Collège de France

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